Hotel room
Ses mollets se balanceraient s’il faisait chaud, une balancelle dans un jardin du sud, un fauteuil de bois blanc, la terrasse d’une maison coloniale, un parapet, barreaux peints et usés aux endroits qu’on caresse, sur lesquels on s’appuie pour guetter les enfants, les retours, les lettres, l’arrivée de la pluie, la nuit qui tombe et l’aube.
Mais on ne sait pas s’ils se balancent, qu’est-ce qu’il veut dire lorsqu’il ne montre pas si les pieds sont posés sur le sol, collés et immobiles ? Est-ce qu’au contraire on présuppose qu’ils échappent à l’endroit, hors zone, hors sol, son corps est resté derrière elle, par lassitude ou par paresse, ne reste que l’enveloppe vide de son corps, elle est déjà partie-?
Ce qu’elle lit, c’est mystérieux, ses pouces posés dessus sagement, est-ce que ça a de l’importance ? rien n’est moins sûr. –Il nous a habitué à peindre autre chose que le centre. On polarise sur la mélancolie et la froideur, la tristesse, l’isolement (bien sûr qu’il y en a), c’est plus simple et on passera à autre chose plus facilement, glissez mortels, vers le couvercle des boîtes de chocolat, les posters et les savonnettes, n’appuyez pas. On peut gloser sans fin sur la teneur d’une lettre, on ne saura jamais à qui, pourquoi, et si c’était du papier blanc et muet ?
C’est bizarre comme les choses se rangent, se ramassent entre elles, comme si elles s’épaulaient et se reconnaissaient, leur
petitesse empilée sommairement, un chapeau d’une illusoire solidité (forme de casque), des escarpins en débandade, valises lourdes et manteau allongé à la sieste, tout ça ne demande pas beaucoup de place.
La pièce est exiguë, murs et fenêtre, une commode, un lit, on peut à peine se retourner, heureusement que la porte est ouverte, et nous doublons l’espace avec nos yeux, nous augmentons la perspective avec nos corps témoins, un peu gênés d’être si près, si près de quoi au fait-?
Elle porte ce visage éteint, cette poitrine creusée, c’est bizarre comme les choses se rangent, se ramassent entre elles, pensées, existence
et inexistence, une illusoire solidité de peau, un corset qui pourrait tenir la colonne vertébrale en armure précaire, débandade intérieure.
Ce que les sacs et les valises contiennent plus lourd que le passé, ce que le corps trimbale, plus lourd d’empilements et de réagencements, les questions qui se posent sans arrêt (enfin, pas pour tous, certains savent monter directement au 102e étage de l’Empire State Building qui vient de s’achever, sûrs d’être légitimes. Les autres se rangent comme ils peuvent, dans des mallettes et des chambres d’hôtel, ils attendent, ils prétendent être assis à l’ombre d’une terrasse au sud, balancent un peu leurs jambes, ils songent, peut-être écrire une réponse à une lettre muette, se ramassent sur eux, dos courbé, ce que font les boxeurs avant l’effort, ils se dispersent, ils sont partout en ville dans les couloirs, les restaurants, les files d’attente des banques et des grands magasins, les salles de cinéma, ils ne font pas de bruit, il suffit de fermer la porte, ils disparaissent, leurs pieds n’ont pas touché le sol, si légers, si légers, n’étaient en somme que de passage, le temps d’une seconde).



Le balancement … un geste d’amour qui lit espace et temps.
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Autant je déteste ces critiques qui ne savent faire autre chose que raconter l’histoire d’un roman
autant cette lecture du tableau
m’enchante
Elle effleure l’oeuvre
en respectant son temps
et lui en offre un autre (et des milliers de plis intérieurs)
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Le visage est ici un écho
(étrange couleur)
à la valise.
Oui, le sac et le visage de la même couleur, je ne l’avais pas vu, un indice de plus qu’il laisse, merci
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