Rooms for Tourists -2

Sur la terre ferme ils sont présents, même les invisibles.

Ils ont une fiction à la main qu’ils égrènent en trois phrases ou en roman épique, derrière les portes, les linteaux, les chambranles et toutes les constructions d’usage, ils sont en place. Ils peuvent s’adosser et combiner le quotidien, déplacer des objets, les tenir rêveusement, les frotter, les classer, les tapoter pensifs, comme tout le monde. Ils réarrangent des messages qu’ils ne s’enverront pas ou qu’ils se chuchoteront avec hésitation, « réarrangent », du mot arrangement – à la fois des accommodements, petites suppliques faites au réel, et une orchestration supplémentaire, dissidente. Ils sont des mélodies individuelles, croisées et maintenues par des stores inclinés, la nuit.

Ceci n’est pas une île, ni une terre à donner en spectacle, et c’est bizarre, même incongru de penser ce tableau exposé et vu par des paires d’yeux, plusieurs en même temps, alors qu’il est intime, une confidence.

Ce serait le moment initial. Ramené à cette maison, concentré, bien délimité, au bout de cette rue on s’isole, finalement apte à mieux entendre les souffles.

Si on peut l’exprimer avec des mots alors ce n’était pas la peine de le peindre (ce qu’il aurait dit un jour, mais je n’en trouve plus trace). La seconde de l’écart n’a pas le temps de se moduler en discours, elle doit contempler le visible. La seconde du regret ne se dit rien, circule en figure de passage, tourist.

Le moment d’être seul observateur, à l’écoute des bruits piochés dans les pièces vides, des indices de chocs, de froissements, quand dehors c’est la vie nocturne, hululements et crissements répandus.

La chambre est disponible. Les figures sont disponibles, accueillantes, ni visage ni corps, cela évite de faire face aux reflets et d’entrer en opposition, contradiction d’avec les vivants que nous sommes. La seconde disponible englobe large, et nous ne sommes pas exclus.

La rue est déserte et pourtant nous nous y tenons, la maison est déserte, mais nous savons ceux qui l’occupent. C’est la seconde changée en paradoxe, et on n’a pas fini de l’absorber, ça continue.

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