Freight Car at Truro
Des Truro, il y en a plusieurs, Massachussetts, Iowa, Cornouailles, Nouvelle Ecosse, et sûrement d’autres inscrits dans d’autres lieux, j’ai cherché. Comme New York se trouve à distance raisonnable, j’en déduis hâtivement que le premier Truro entre dans cette histoire, mais je ne sais rien. Je trouve sur internet des images, des églises et des tours, l’intérieur d’une salle des fêtes, des chaises vides alignées, une remise de trophée, une pelleteuse, un orgue, des chaussures, une chorale et des chambres d’hôtel, un petit phare, une plage (Cape Cod s’est infiltré). 
Je cherche à embarquer un chargement d’histoires sous cette histoire, celles des trains nord-américains, avec ses distances, recouvertes, écrasées de vacarme, la musique née sous les sursauts, jonctions et relevés topographiques, les bisons, des silhouettes fauchées sur les rails, des doigts coupés, des chaînes de prisonniers, et observer à l’horizon les cavaliers dans le soleil des films en technicolor.
Peut-être que regarder Freight Car at Truro en face n’est pas si simple, qu’on a besoin de faire le point avec d’autres images, qu’on les appelle, qu’on voudrait diluer Freight Car at Truro grâce à elles, ce que l’on fait pour les boissons trop fortes. Qu’on préfèrerait voir sans voir et réduire à une esthétique, et puis passer à autre chose et continuer.
La construction triangulaire, la masse inclinée vers le mât et l’horizontale fatidique, racontent bien ce qui échappe, brûle les doigts, et le wagon est vide, la seconde étirée au maximum. Ça tourbillonne sèchement, le sol cède, à l’avant, à l’arrière, dans la végétation, on pourrait voir des restes de magma refroidis et colorés bizarrement, maquillés en plantes vivaces.
De la désolation dans la fraîcheur. De la rouille et des plaques de métal pourrissent sous un ciel propre, si propre qu’il a l’air neuf. La lumière suit la piste, elle est rapide et franche, éclabousse le talus mais le wagon décline, son ombre le tire vers le bas, il penche, penche, penchera, sa chute n’est pas près de finir, elle continue, le nombre d’étages qu’elle traverse, ce wagon n’est pas un wagon, c’est une main ouverte qui glisse sans s’accrocher, une main qui renonce.
Les échelles et les roues inutiles, la paroi coulissante n’enferme pas de matériel ni de voyageur poussiéreux, ni le folklore rattaché à un temps précis, rien qui ne soit évaporé, ce qu’on a envie de remplir avec le plus d’images possibles, car finalement, la place à l’intérieur y est, vacante et dessinée. Secrète. Qui saura ce qui tombe, en soi, les voyages perdus et avortés, les voyages impossibles, les voyages terminés, les voyages comme des personnes disparues.
Truro est une destination et il y en a plusieurs.


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