Room in Brooklyn
Ce serait une gymnastique silencieuse où travailleraient la verticale, la perspective et le galbe du vase. Sous la contrainte, se concentrer sur les surfaces, les reflets du tissé, les nuances du bois, et comment s’assemblent les formes, les lignes étirées, épaissies, les cambrures même légères des volants.
De loin une boîte géométrique, si ce n’étaient les petits décrochages : la table rouge, la hauteur alternée des stores, l’inclinaison du mur. On ne sait pas qui façonne l’arrangement dans cette pièce, peut-être lui, peut-être Jo (depuis 1924, elle est son seul modèle, une artiste elle aussi), ou peut-être que cette vue apparaît dans son champ de vision, et qu’il veut arrêter l’image, la durée exacte d’une seconde.
Ça passe par un dosage précis pour que rien ne dépasse, des couleurs sourdes, l’ensemble régulé comme on prépare une table en vue d’une réception. On déploie une nappe lisse, bien centrée. On dépose trois rectangles de lumière – au sol, sur le rebord du bois, au montant – comme trois assiettes blanches qui accueilleraient des pommes. En plat de résistance, le centre avec sa fenêtre triptyqu
e : le pan de droite pourrait se replier vers le milieu, comme l’Enfer au Jardin des délices, mais sans dégringolade, ni accident, c’est une narration lente, contemplative. Trois panneaux alignés en points de suspension. On pense.
L’invitée est assise dans un tableau. Un tableau dans un autre tableau jusqu’à ne plus pouvoir, de l’œil au cadre des fenêtres, puis aux fenêtres extérieures des bâtiments, chacune un tableau plus petit si l’on zoomait, et la guirlande en cliquetis des cheminées s’éloigne.
Les fleurs, est-ce que ce sont des fleurs ? tellement floues, passagères, sans poids, des fleurs passées au papier calque, juste une évocation. Peut-être elles sont séchées, inanimées, et le ciel vide et la pièce vide et les ouvertures vides, personne ne fait signe aux fenêtres, les cheminées ne fument pas, le fauteuil immobile qui ressemble à un rocking-chair ne se balance pas.
Mais la nuque est vivante. Sans doute sa lourdeur, ni ligne, ni courbe, ni transparence, ni volant, peinte différemment, ombrée sans limites précises, mystérieuse.
Je ne sais pas ce que tu penses, je ne sais rien de ton cerveau, ce qui se passe à l’intérieur, le ressenti, couvre des zones inconnues et une myriade de fils qui s’enchevêtrent sans lignes à repérer, une toile d’araignée anarchique, diagonales enroulées, ma géométrie impuissante. Je suis toujours à l’extérieur, à cette seconde précise, je le mesure, à cause du calme, de la quiétude, j’ai la place de voir comme je suis expulsé malgré l’apaisement. Nous serons toujours séparés.
Je ne peux voir que la surface des choses. Mais comme elle est jolie. Alors, continuer. (on suppose qu’Ã la seconde suivante, elle se tourne vers lui et qu’on voit son visage)


Voilà une approche très originale de l’art et de l’apprentissage à la lecture d’image… j’aime !
Merci beaucoup ! Votre commentaire qui arrive juste quand je peaufine la mise en ligne me donne encore plus d’énergie !
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