Morning sun

Certaines secondes sont plus légères que d’autres, à moins qu’elles soient plus denses, n’ont pas la  même lumière ni la même épaisseur, se détachent du sol en brumes longilignes.

Sans doute qu’elles arrivent là après une longue route, pourtant très courte. Qu’il reste si peu de temps pour parcourir tellement d’espace. On reste assis comme collé à son ombre, et on observe.

À perte de vue il y a des fenêtres, impossible de les dessiner toutes. Des songes derrière soi, à perte de vue il y en a, pris dans les draps et posés sur les oreillers. La limite est précise qui sépare les deux mondes, au-dessus de sa tête et au milieu, une ligne monte sur le mur. Les surfaces débordent l’une sur l’autre, l’ombre réelle recouvre les épaules, l’or du rêve mange les jambes, et est-ce qu’on peut encore bouger. Alors on pense.

Il serait vain de faire le point, on ne voit qu’une toute petite part.

On est un animal coincé entre ses trames et ses écarts. Temps d’accepter que les contours réduisent, emprisonnent, autour des corps, par-dessus eux, une chape en triangle enfoncée, les bords finissent, raidissent les mâchoires, on serre les dents, ça brutalisent à force d’angles et de pâleurs, temps d’admettre à quel point nous sommes détenus dérisoires.

Puis le soleil se lève, morning sun.

Il allonge les ombres (qui sommes-nous qui n’avons plus de fin ?), intensifie le rose et la chair, les couleurs. Déplace des formes que l’on pensait reconnaissables, leur donne une senteur éclatante. Il brise les trajectoires, en invente de nouvelles en se levant seulement. Les profils qu’il découpe, il les noie, les mélange aux arrêtes des murs et les efface ensuite, omnipotent. Il prolonge le regard et les yeux dévisagent des frontières dépassées. Il est fort au point de casser les carcans, piétiner les bordures, ces nuées de petites chaînes avilissantes à étirer et éclater, il n’a aucune pitié. Il ouvre l’air. L’air large, comme le grand large, l’immensité pour embarquer. C’est un prodige chaque matin, qui dure au moins le temps d’une seconde. Peut-être que les femmes rouges savent ce genre de choses, qu’ensuite elles se résignent à entrer dans le jour ordinaire.

3 réflexions sur “Morning sun

  1. Ping : Early Sunday Morning « la seconde échappée

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